Quand on se lance dans la macro, on se rend vite compte d’une chose : la netteté ne couvre pas toute l’image. Même en fermant le diaphragme, on obtient souvent juste quelques millimètres de zone nette.

Mais c’est loin d’être un problème. Au contraire, c’est ce qui fait tout le charme de la macro : vous pouvez jouer avec la profondeur de champ pour guider le regard, simplifier votre image, ou mettre en valeur un tout petit détail.

Encore faut-il savoir comment la gérer. Dans cet article, on va voir ensemble comment fonctionne la PDC en macro, pourquoi l’ouverture ne suffit pas, et surtout quels leviers concrets vous pouvez utiliser pour mieux la maîtriser.

Et peut-être même qu’à la fin… vous la verrez comme un atout créatif plutôt qu’une contrainte.

Pourquoi l’ouverture ne suffit pas ?

Si vous pratiquez d’autres branches de la photo, vous avez surement l’habitude de régler votre profondeur de champs en modifiant uniquement l’ouverture. Par exemple, si vous voulez un portrait au fond bien flou, vous allez le prendre à f1.8. Au contraire, si vous voulez donner un peu de place à l’arrière-plan, vous photographierez à f5.6 ou à f8.

Sauf qu’en macrophotographie, ça ne marche pas comme ça…

Pourquoi ?

Parce qu’en se rapprochant énormément de son sujet, le rapport de grandissement augmente, et la profondeur de champ diminue drastiquement (je ne vous fais pas toute l’explication physique)

Même à f/11, vous n’aurez parfois que quelques millimètres de netteté.

C’est une conséquence physique inévitable : plus vous vous approchez d’un sujet, plus la zone nette devient mince. Et en macro, on est à quelques centimètres, voire millimètres…

Il faut donc revoir totalement vos habitudes de réglage et jouer sur d’autres paramètres que l’ouverture.

Les 3 leviers pour gérer la profondeur de champ

Vous pouvez agir sur trois paramètres principaux (autres que l’ouverture) pour modifier la profondeur de champ :

1) La distance sujet-capteur

Plus vous serez proche de votre sujet, plus la profondeur de champ sera réduite.

Ainsi il vous faudra parfois vous éloigner de votre sujet pour agrandir votre zone de netteté.

Montage montrant l’impact de la distance entre le sujet et l’appareil photo sur la profondeur de champ en macrophotographie

La différence peut être flagrante

Alors oui, en faisant ça, vous ne pourrez plus prendre votre photo au 1:1 comme le permet votre objectif macro.

Est-ce un problème ?

Non. Absolument pas.

  • De 1, car personne ne le remarquera, et honnêtement, tout le monde s’en fou sauf vous.
  • De 2, vos photos gagneront peut-être en originalité en prenant de la distance. En effet, il est bien plus simple de jouer avec les diagonales ou un flou d’avant-plan en étant à 30 cm de son sujet plutôt qu’à 11 cm.
  • Et de 3, vous ferez moins peurs à vos sujets, il y a donc moins de risque qu’ils s’envolent.

2) L’objectif

La caractéristique de l’objectif à prendre en compte n’est pas son ouverture mais sa longueur focale. En effet, un 300 mm créera une zone de netteté plus faible qu’un 105 mm.

Illustration de l’impact du changement de focale sur la profondeur de champ en macrophotographie

Et c’est là qu’utiliser un zoom pour faire de la proxy peut être utile : vous pouvez facilement varier votre longueur focale, et donc votre profondeur de champs.

3) La composition

Vous allez me dire que la composition n’a rien à voir avec ça. Et pourtant…

Vous n’allez pas réellement changer votre profondeur de champs en modifiant votre composition. Par contre, vous pouvez adapter votre composition à la profondeur de champs. Et c’est là que ça devient vraiment un outil puissant.

En photographiant le même sujet avec différents angles, vous aurez un rendu totalement différent.

Prenons une libellule.

Il s’agit d’un insecte relativement long. Si vous la photographiez de face, je vous souhaite bon courage pour réussir à l’avoir net jusqu’au bout de son abdomen. Par contre, vous obtiendrez aisément cette photo nette en vous plaçant parallèle à la libellule.

Certes, ce ne sera plus exactement la même photo, mais lorsque vous vous retrouvez face à une scène où la profondeur de champ vous limite, réfléchissez à un cadrage qui pourrait résoudre vos problèmes : vous aurez de belles surprises (et de belles photos).

Et l’ouverture dans tout ça ?

J’y arrive. Mais un petit récapitulatif s’impose.

On a vu que l’ouverture ne suffit pas toujours à régler les problèmes de profondeur de champ. Mais pas de panique, vous pouvez jouer sur la distance entre votre sujet et le capteur, sur la longueur focale de votre objectif ou sur votre composition.

Et si vous réussissez à adapter votre profondeur de champ en jouant sur ces paramètres, vous rendez à l’ouverture son rôle principal : la gestion de la quantité de lumière qui parvient au capteur.Car oui, vouloir shooter à f16 pour avoir cette libellule nette tout en conservant une vitesse suffisante pour ne pas avoir de flou de bougé, ça donne une image sombre ou bruitée.

Donc s’occuper de la profondeur de champ en jouant sur d’autres paramètres, ça permet d’avoir plus de souplesse pour augmenter la vitesse sans pour autant trop pousser les ISO.

Mais ça, c’est la partie qui m’intéresse le moins au final car l’ouverture me sert surtout à définir le type d’arrière-plan que je souhaite avoir.

Voici quelques repères (même si l’ouverture n’est pas le seul critère) :

  • f/2.8 à f/4 : bokeh marqué avec quelques bulles
  • f/5.6 à f/8 : flou plus lisse et uniforme
  • f/8 à f/13 : fond plus présent et marqué

Bokeh marqué avec des bulles. Photo prise à f4,5

Et passé de f2.8 à f5.6, ça change une photo, alors ne perdez pas cette opportunité en étant restreint par la profondeur de champs.

Quid du focus stacking ?

À ce stade, vous vous dites peut-être :

“Ok, j’ai bien compris les leviers pour gérer ma profondeur de champ. Mais il y a des sujets où, malgré tous mes efforts, je n’arriverai jamais à avoir toute la scène nette en une seule prise…”

Et vous avez raison.

Certaines photos – une mouche de face avec les deux yeux nets et les ailes bien détaillées, ou un champignon vu en plongée avec toutes ses lamelles visibles – sont impossibles à obtenir avec un seul déclenchement, quelle que soit l’ouverture.

La solution ? Le focus stacking.

C’est quoi exactement ?

Le focus stacking consiste à prendre plusieurs photos d’un même sujet, avec des mises au point légèrement différentes, puis à les fusionner en post-traitement pour obtenir une image entièrement nette du début à la fin.

C’est un peu comme si vous empiliez différentes couches de netteté pour former une seule image finale.

Pour le réussir, il faut que vous soyez suffisamment stable pour pouvoir enchainer plusieurs photos sans modifier le cadrage (ce qui implique aussi que votre sujet soit conciliant).

Quelques astuces supplémentaires pour mieux gérer votre profondeur de champ

Et parce qu’on n’en a jamais trop, voilà encore deux trois astuces qui peuvent sauver une photo.

La répartition de la zone de netteté

Lorsque vous faites la mise au point à un endroit précis, la zone de netteté s’étend en suivant la répartition suivante : 1/3 devant le point de mise au point et 2/3 dernière ce dernier. Il ne faut donc pas faire le point au milieu de votre sujet (en terme d’éloignement par rapport à vous) mais bien au premier tiers.

Faire sa mise au point manuellement

En complément du conseil précédent, faites votre mise au point manuellement ! Vous aurez plus de liberté pour placer correctement la zone de netteté qu’en utilisant l’autofocus.

Entraînez-vous

Faites des tests en variant un paramètre à la fois pour vous rendre compte de son impact. Vous pouvez par exemple faire 3 photos à f/8, mais en reculant progressivement ou 3 photos à la même distance, mais à f/4, f/8, f/13. Ça vous aidera à mieux comprendre les différentes options et à faire les bons choix une fois sur le terrain.

Vous pouvez également utiliser un simulateur de profondeur de champ (même si rien ne vaut la pratique).

Et si la profondeur de champ n’était plus une contrainte, mais une opportunité ?

On a tendance à vouloir tout contrôler.

On veut que tout soit net, que l’image soit “réussie” techniquement, qu’elle ressemble à ce qu’on avait en tête. Et quand la profondeur de champ fait des siennes, c’est souvent vécu comme un frein.

Mais en réalité, c’est tout l’inverse.

Cette zone de netteté ultra-mince, c’est elle qui donne son style à la macro.C’est elle qui attire l’œil, qui isole un détail, qui crée une ambiance.

Plus vous apprenez à jouer avec, plus vos photos gagnent en force.

Alors au lieu de lutter contre, essayez de composer avec. Posez-vous cette simple question : “qu’est-ce que j’ai envie de montrer ?” Et laissez le reste disparaître doucement dans le flou.

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