Êtes-vous déjà rentré d’une sortie photo avec la majorité de vos photos floues ?
Vous rentrez d’une sortie photo et, en regardant rapidement vos clichés, c’est la déception : aucune photo de ce magnifique papillon n’est nette. Sur la première, un léger mouvement a tout gâché. Sur la deuxième, la mise au point est faite sur la fleur et non sur le papillon. Et sur la troisième, le cadrage est complètement raté.
Dégoûté, vous supprimez toutes vos photos en vous promettant de faire mieux la prochaine fois.
Mais, à chaque sortie, le même scénario se répète, et vos photos restent floues.
Désemparé, vous rangez votre appareil au placard, où il commence à prendre la poussière. Vous vous en séparerez avec une pointe de nostalgie lors du prochain déménagement.
Tout ça pour des photos floues.
La mise au point en macrophotographie n’est pas toujours simple à réaliser, c’est pour cela qu’il est souvent nécessaire de la faire manuellement. Mais la faible profondeur de champ rend la tâche compliquée, surtout quand le sujet est en mouvement.
Pourquoi savoir faire le focus est indispensable en macro ?
Vous vous demandez si cela vaut la peine de faire autant d’efforts pour maîtriser la mise au point manuelle en macrophotographie. Peut-être pensez-vous que vos photos sont suffisamment bonnes avec l’autofocus ou une mise au point approximative. Pourtant, en macrophotographie, la précision de la mise au point est cruciale et peut faire toute la différence entre une photo moyenne et une photo exceptionnelle.
Votre autofocus n’est pas précis.
Vous avez déjà essayé de photographier un insecte au milieu de hautes herbes ?
Au bout de combien d’essai votre appareil a fait le point sur ce dernier et non pas sur une brindille ?
Deux ? Cinq ? Dix ?
Et le focus était-il fait sur les yeux ?
Souvent non. Et c’est pour ça que j’ai revendu mon bridge : je n’avais pas de bague de mise au point manuelle.
J’avais dû trouver des stratagèmes pour réussir à faire le focus là où je le voulais, mais en sacrifiant la possibilité de changer facilement la distance de mise au point.
Votre autofocus est lent.
Le manque de précision et le besoin de faire plusieurs essaie rend votre mise au point longue. Mais en plus, l’objectif peut faire faire des allers-retours à votre focus avant de réussir à faire le point à un endroit.
Vous pouvez donc mettre plusieurs secondes à faire la mise au point avec votre autofocus. Autant vous dire que votre insecte aura eu le temps de partir.
Vous aurez une meilleure gestion de la profondeur de champs.
La profondeur de champs dépend directement de la distance à votre sujet, et donc de votre mise au point.
Décaler votre focus de quelques millimètres peut permettre d’avoir l’entièreté de son sujet net.
Faire légèrement bouger la mise au point faite avec son autofocus est compliqué, et c’est au risque de devoir tout refaire.
Oui, je vous vois arriver avec l’argument imparable :
« Lohan, avec mon boîtier je peux ajuster la mise au point de mon autofocus avec la bague de mon objectif, donc c’est facile de modifier mon focus ».
Bien vu. Mais en utilisant la bague… tu réalises une mise au point manuelle !
Ce n’est pas compliqué et toujours utile à savoir faire.
Avant la création des autofocus, l’entièreté des photos étaient faites en focus manuel. Même celle de sport.
Cette photo de Jacques Henri Lartigue à été prise lors du grand prix d’automobile club de France, en 1912. Même si l’autofocus n’existait pas, les voitures, elles, roulaient déjà vite !
Avec quelques heures d’entraînement et les bonnes techniques, vous deviendrez plus rapide que votre autofocus dès que les conditions se dégradent.
Étapes 1 : être stable.
Ce serait ballot de réussir à faire le point là où vous le souhaitez puis de bouger en déclenchant !
Assurez-vous d’être un minimum stable !
Si vous avez la possibilité d’utiliser un trépied et un système de déclenchement à distance, vous pouvez avoir la tremblote et quand même prendre des photos nettes.
C’est la solution que j’utilise lorsque je photographie des sujets immobiles, car le trépied a aussi l’avantage de faciliter le test de différents cadrages.
Pour photographier des sujets près du sol, pensez aux mini-trépieds. Ils sont moins lourds et moins encombrants qu’un trépied normal et permettent d’être au raz du sol. Patrick Goujon a réalisé un comparatif des meilleurs mini-trépieds.
Si vous préférez ne pas vous encombrer et rester à main levée, choisissez une position agréable, quitte à s’accroupir ou à s’allonger au sol !
Activez la stabilisation de votre objectif et de votre boîtier s’ils en possèdent une.
Inspirez-vous des positions des biathlètes lors des tirs : ils s’allongent en se stabilisant avec les jambes et posent les coudes au sol.
Quand ils sont debout, ils ont les jambes écartées à largeur d’épaules et appuient un de leur bras contre leur corps pour se stabiliser.
Et avant de tirer, ils retiennent leur respiration pour réduire le risque de micro-mouvements !
Adrien Coquelle détaille dans son blog comment tenir son boitier pour photographier debout à main lever :
Étapes 2 : faire une mise au point grossière.
Je fais majoritairement ma mise au point de deux étapes : la première est grossière, c’est-à-dire que je cherche à ce que la zone de netteté soit sur mon sujet ou à proximité. J’ajuste ensuite mon cadrage avant de peaufiner la mise au point.
Il y a plusieurs façons de la réaliser.
- Si votre autofocus est assez performant et que l’environnement n’est pas trop chargé, vous pouvez utiliser l’af. Astuce pour gagner en rapidité et en précision : utilisez le collimateur central et, si votre objectif le permet le limitateur de zone de focus.
- Manuellement, en tournant la bague de mise au point. Oui je sais, je ne vous apprends rien là. Mais pour aller plus vite, fermez votre diaphragme (celui de votre objectif, pas le vôtre !) pour agrandir la zone de netteté. Réglez-le ensuite à l’ouverture que vous voulez avant d’ajuster votre focus.
- Si vous souhaitez utiliser un rapport de grandissement précis, vous allez devoir modifier la distance entre l’appareil et le sujet, mais la technique précédente reste valable.
Étapes 3 : réussir son focus précis.
Une fois le cadrage et les réglages choisis, il est temps de faire la mise au point finale.
Les boîtiers disposent de plusieurs aides pour vous faciliter la vie.
Le premier est la loupe. En utilisant le live view (ou même depuis le viseur pour les hybrides), vous pouvez zoomer sur la zone où vous faites votre focus pour mieux discerner si ce votre sujet est net.
Sur les hybrides, il y a un outil génial : le focus peaking. Il s’agit d’une surbrillance colorée qui indique en temps réel les zones nettes sur l’image. Il permet ainsi de voir l’effet d’un changement d’ouverture sur la zone de netteté ou bien d’ajuster facilement le focus.
Sur cette photo, on observe que le focus est fait sur la fleur et que quelques petits points rouge sont présents au cœur et sur les extrémités des pétales. C’est le focus peaking qui signal que cette zone est nette.Je vous mets un autre exemple plus parlant (vous remarquerez aussi que j’utilise un mini trépied) :
Il peut bien sûr présenter des légers ratés, lorsque les conditions ne sont pas bonnes (généralement lorsqu’il y a peu de contraste), mais c’est à la marge.
Étapes 4 : déclencher sans bouger.
Pour déclencher sans risque de faire bouger, si votre appareil est posé de manière stable, vous pouvez utiliser un système de déclenchement à distance.
Vous pouvez utiliser une télécommande filaire ou infrarouge pour le faire. Sur les boîtiers récents, il y a une fonctionnalité qui permet de se servir de son portable comme télécommande en passant par l’application de la marque de votre appareil (elles permettent aussi de synchroniser les photos ou de sauvegarder les réglages par exemple). Le seul désavantage est que ça consomme bien plus de batterie qu’une télécommande filaire.
Si le sujet est immobile et votre appareil photo stable, le retardateur est votre ami ! Réglé sur deux seconde, il permet d’éviter les micro-mouvements lors de l’appui sur le déclencheur.
Sinon, essayez d’être le plus stable possible et retenez votre respiration lors de l’appui sur le déclencheur !
Bonus : une astuce pour augmenter vos chances de réussites.
Si les conditions sont difficiles utilisez le mode rafale (avec une rafale pas trop importante pour ne pas avoir trop de photos à trier) et faites le focus légèrement derrière votre sujet.
Au moment du déclenchement, éloignez-vous de votre sujet doucement afin de décaler votre mise au point.
En choisissant la bonne vitesse de recul et le bon nombre de photos, vous pourrez obtenir un focus correct. Vous pouvez utiliser cette technique pour réaliser un focus stacking à main levée.
Jouer sur l’éloignement permet aussi d’affiner la mise au point. C’est ce que je faisais quand j’utilisais mon bridge ou des bagues allonges. Si vous n’avez pas d’objectif macro, votre bague de mise au point risque d’être très courte pour les faibles distances entre vous et votre sujet, ce qui complique la précision.
Se déplacer plutôt qu’utiliser la bague sera certainement plus précis !
Une petite animation réalisée par la chaîne Youtube La Photo Nature pour illustrer mon propos :
Les plus exigeants feront ceci en utilisant un rail micrométrique qui permet d’affiner le focus à des dixièmes de millimètres près… à condition d’assumer le prix et le transport.
Le seul conseil que j’ai à vous donner.
Je vous vois me dire en rentrant de votre prochaine sortie : « Lohan, ils sont nuls tes conseils, j’ai que des photos floues, à cause de toi, j’ai loupé la photo de ma vie. »
Si vous faites ça, c’est que vous n’avait pas lu l’article jusqu’au bout.
Pourquoi ?
Car ce qui paye, c’est l’entraînement.
C’est pas en se levant un matin après avoir lu un article de blog sur le tir que Martin Fourcarde est devenu champion olympique de biathlon. C’est un travail de tous les jours, pendant des années.
Je vous rassure, c’est plus simple de réussir une mise au point manuelle que de gagner les jeux olympiques, mais ça demande quand même de l’entraînement.
Ça va vous prendre quoi ? Deux heures ? Trois heures ?
Mais ça vous évitera de supprimer la moitié de vos photos à chaque sortie. Vous pourrez même réussir des photos que jamais vous n’auriez tentées avant.
Alors allez-y, commencez facile : prenez un objet, posez-le sur une table. Mettez votre appareil sur un endroit stable et faite la mise au point.
Décalez-vous et recommencez en essayant d’être plus rapide. Et recommencez une dizaine de fois.
En faisant ça régulièrement, en quelques jours ou quelques semaines vous saurez faire une mise au point manuelle précise et rapide. Vous pourrez vous frotter à des sujets plus compliquer.


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