Vous vous êtes déjà dit que vos photos étaient “correctes”… mais qu’il manquait un petit truc ?Vous maîtrisez l’exposition, la netteté est là, le sujet est bien choisi… et pourtant, vos images ne déclenchent pas ce fameux “waouh” qu’on aimerait tous entendre.
Pas de panique : c’est le signe que vous avez franchi une nouvelle étape dans votre pratique photographique. Vous souhaitez passer de l’image naturaliste à une image artistique. Le problème ne vient pas de votre matériel, mais de votre façon de photographier. Il vous manque juste un brin d’audace, un peu plus de créativité.
Dans cet article, je vais vous partager 10 techniques simples mais efficaces pour faire des images qui sortent du lot.Des astuces que vous pouvez tester dès votre prochaine sortie, sans investir dans du nouveau matos, juste en changeant votre façon de voir et de photographier.
Certaines sont douces, d’autres plus radicales. Mais toutes ont un point commun : elles aident à créer des photos vraiment différentes.
Prêt à sortir des sentiers battus ?C’est parti.
Astuce 1 : Essayez des angles non conformistes
Et si, pour une fois, vous testiez la contre-plongée ?
Attends, la contre-plongée ? Mais tu nous répètes tout le temps de nous mettre au niveau de nos sujets Lohan !
Oui, je passe mon temps à vous dire de vous mettre à hauteur de vos sujets, et c’est toujours valide (surtout si vous débutez). Mais une règle, c’est fait pour être transgressée non ?
En changeant de point de vue (plongée, contre-plongée ou un autre angle improbable), vous allez produire une image qui sort de l’ordinaire, qui casse les codes. Vous pourrez aussi mettre en valeur d’autres parties de vos sujets, comme le dessous d’une coccinelle plutôt que sa carapace à points.
En pratique, cela demande souvent de prendre le temps d’observer la scène sous plusieurs angles, voire de tourner autour du sujet (sans le déranger bien sûr). Parfois, il faut s’allonger, se contorsionner un peu, ou poser l’appareil au sol. Et selon la focale utilisée, une simple inclinaison de quelques degrés peut suffire à transformer l’image.
Tant qu’on y est, essayez aussi des cadrages originaux : plus de règle des tiers ou de nombre d’or. Décentrez vos sujets pour donner plus de vie à leur environnement ou, au contraire, centrez-les parfaitement pour qu’ils attirent l’œil directement.
Jouez avec les angles et le cadre pour ne pas reproduire les mêmes photos à chaque sortie. Vous aurez plus de photos loupées (la règle des tiers ou le fameux « se mettre au niveau de son sujet » n’existent pas pour rien) mais peut-être qu’une photo “waouh” se cachera dans le lot !
Astuce 2 : Soignez votre avant-plan
On parle toujours de la netteté du sujet ou du bokeh d’arrière-plan quand on veut complimenter une photo. Jamais de l’avant-plan.
Pourquoi ?
En général, il est moins visible, moins spectaculaire, plus subtil.
Pourtant, c’est bel et bien un élément non négligeable d’une bonne photo !Il permet de guider le regard, d’apporter de la profondeur à la scène et contribue à l’ambiance globale de votre image.
Vous pouvez également l’utiliser pour cacher un élément nuisible.
Pour réussir votre avant-plan, incorporez délibérément des éléments entre votre sujet et votre objectif, en les plaçant de manière à ce qu’ils soient flous. L’idée n’est pas d’en faire un sujet secondaire mais de s’en servir comme un cadre ou un léger voile pour renforcer l’intérêt de la scène.
Il faut ensuite se décaler légèrement pour trouver le bon équilibre : avoir un avant-plan suffisamment présent sans pour autant qu’il devienne envahissant.

Par exemple, dans cette image, le flou d’avant-plan me permet de masquer petit à petit la tige du pissenlit pour éviter qu’elle soit coupée par le cadre et de donner l’impression qu’on regarde le pissenlit en écartant les bruns d’herbes, ce qui rend aide à se plonger dans la photo.
Astuce 3 : Créez un arrière-plan original
J’ai dit qu’on le complimentait souvent dans l’astuce 2, ce n’est pas pour rien : oui, l’arrière-plan est un élément essentiel d’une bonne photo !
Il occupe une bonne partie de l’image, c’est donc lui qui donne l’ambiance de votre photo.
Vous pouvez jouer sur plusieurs paramètres concernant l’arrière-plan, parmi lesquels sa netteté (ou plutôt à quel point il est flou), sa couleur, sa luminosité, sa complexité (un fond 100 % uni ou avec plusieurs éléments).
Pour ajuster votre arrière-plan, vous pouvez bouger autour de votre sujet ou changer l’inclinaison de votre appareil. Seulement, parfois, vous ne voulez pas changer votre cadrage ou vous n’avez pas la possibilité de vous déplacer.
Dans ces conditions, vous devez intervenir directement sur votre arrière-plan. Vous pouvez l’éclairer pour le rendre plus clair, ajouter d’autres éléments pour le rendre plus texturé et jouer sur le bokeh. Au contraire, vous pouvez également écarter (je dis bien écarter, pas arracher) cette brindille trop présente.
Attention
Point éthique : Je considère qu’en tant que photographe macro, notre comportement doit être exemplaire lorsque l’on prend des photos. Ainsi, je m’interdis d’arracher une plante (ou même une feuille) sous prétexte qu’elle gâche ma photo. De même, je ne déplace pas les insectes que je photographie et je limite le stress que je leur procure en ne les pourchassant pas lorsqu’ils s’enfuient. Enfin, je ne franchis pas les barrières délimitant les espaces sensibles ou en renaturation. J’espère que vous faites de même.
Revenons à nos arrière-plans. Un bon moyen d’augmenter le bokeh est de placer une branche avec des feuilles (rappelez-vous ce que je viens de vous dire) afin d’avoir plusieurs puits de lumière et des zones plus sombres. Cela vous donnera un beau bokeh blanc et vert.
Pour créer des arrière-plans qui sortent plus de l’ordinaire, vous pouvez utiliser de la paille de fer, du papier aluminium, un saladier, un motif imprimé sur une feuille… Et la liste est encore longue : vous pouvez tout utiliser comme arrière-plan ! Testez encore et encore pour sélectionner vos préférés (personnellement, j’ai un faible pour le papier d’aluminium un peu froissé et déchiré).
Astuce 4 : Testez la surimpression
La surimpression (ou double exposition) est une technique de plus en plus à la mode en macro. Et pour cause, les résultats peuvent être bluffant (je vous renvoie vers mes photos coup de cœur de 2024). Elle consiste à superposer deux images (ou plus) afin de créer une ambiance que vous n’auriez pas pu produire autrement.
Cette technique est particulièrement adaptée en utilisant une photo assez sobre de votre sujet et une seconde composée uniquement de bokeh pour ajouter de la texture ou gommer les éléments nuisibles.
Vous pouvez réaliser une surimpression directement à la prise de vue (si votre appareil le permet, cherchez « expositions multiples » dans le manuel) ou en post-traitement.
L’avantage de réaliser la surimpression à la prise de vue, c’est que vous pouvez plus facilement prévisualiser le résultat (surtout sur hybride), mais cela vous oblige à la faire sur place, au même endroit et dans un laps de temps relativement court.
En le faisant durant le post-traitement (grâce à Photoshop, GIMP ou Affinity Photo), vous aurez beaucoup plus de contrôle sur les paramètres de fusion ainsi qu’un plus grand choix dans vos photos. Seulement, ça vous prendra plus de temps devant l’ordinateur et vous forcera à multiplier les logiciels.
Personnellement, j’utilise un peu les deux (bien que j’en sois encore à mes débuts en double expositions) et je commence à me constituer une banque d’images de bokeh/textures pour mes surimpressions en post-traitement.
Si le sujet vous intéresse, dites-le-moi en commentaire, je pourrais vous faire un article complet sur la surimpression.
Astuce 5 : Jouez avec la balance des blancs
Et si vous tentiez des photos avec une colorimétrie qui sort de l’ordinaire ? Pour cela, le plus simple est de jouer sur la balance des blancs.
Refroidissez la pour obtenir des images avec une teinte bleutée et une ambiance onirique. En la réchauffant, vous créerez une colorimétrie proche du coucher de soleil. Attention cependant à ne pas tomber dans l’excès et avoir des couleurs plus qu’improbables (je vous rassure, après une ou deux sorties à trop pousser la balance des blancs, on se calme très vite).
Dans une moindre mesure, changer de quelques centaines de degrés votre balance des blancs peut redonner du peps à votre photo !
Conseil
Pour ne pas vous prendre la tête lors de vos sorties, photographiez en RAW ! Vous pourrez ainsi choisir la balance des blancs lors du post-traitement.
Astuce 6 : Osez le noir et blanc
On vient de parler de colorimétrie originale mais on pourrait aussi supprimer les couleurs ?Faire du noir et blanc.
En macrophotographie, peu de personnes font du noir et blanc car on est souvent attiré, à juste titre, par les couleurs des fleurs et des insectes.
Le noir et blanc est donc une solution pour montrer les choses différemment, avoir un autre rapport à ses sujets. En effet, lorsqu’on enlève la dimension couleur à une fleur, il ne reste que sa forme, la lumière et les contrastes. On pourrait croire que ça réduit les options créatives mais au contraire, en donnant plus de poids à d’autres aspects de la photo, on ouvre d’autres portes à notre créativité. J’en parle plus en détail avec Laurent Barlier, un photographe qui fait exclusivement de la macro en noir et blanc depuis des années.
Conseil
Le noir et blanc ne sert pas à sauver une photo qui ne fonctionne pas en couleur, on remarquerait que quelque chose cloche. Si vous voulez faire du noir et blanc, essayez de composer votre photo directement en noir et blanc dès la prise de vue.
Astuce 7 : Expérimentez le low-key…
Derrière ce terme anglais (je n’ai pas trouvé d’équivalent français) se cache un style d’image où les tons sombres sont dominants. Cela crée une ambiance dramatique ou mystérieuse.
Le principe est simple : limiter volontairement la lumière pour n’éclairer que certaines parties du sujet. Cela peut se faire en photographiant avec ou sans éclairage artificiel.
Pour travailler en lumière naturelle, il est important d’avoir déjà un contraste assez marqué entre votre sujet (clair) et l’arrière-plan (plus sombre) afin que le sujet reste visible lorsque vous sous-exposerez votre photo.
Avec un éclairage, sous-exposez votre image jusqu’à obtenir une photo presque noire (oui oui, vous ne devriez pas vraiment voir de différence si vous déclenchez avec le cache de votre objectif). Il faudra ensuite jouer sur votre lumière pour éclairer légèrement votre sujet. L’opération sera plus simple si vous avez de quoi diriger précisément votre lumière vers le sujet et si ce dernier est loin de son arrière-plan (qui ne sera donc pas éclairé par votre flash).
Enfin, vous pourrez ajuster l’effet au post-traitement même si, comme pour le noir et blanc, cette technique doit être préméditée dès la prise de vue pour les meilleurs résultats !
Astuce 8 : Ou plutôt le high-key
Pour contrebalancer la plongée dans l’obscurité du low-key, on va parler de son opposé : le high-key. Vous l’aurez donc compris : les tons dominants seront les tons clairs (voire le blanc).
Pour réaliser un high-key en lumière naturelle, essayez d’avoir un fond le plus clair possible (avec un sujet légèrement plus foncé) et surexposez légèrement (pensez à garder une exposition correcte sur votre sujet quand même) ! Oui, vous l’avez compris, c’est bien l’inverse du low-key.
Par contre, concernant l’utilisation d’un éclairage artificiel, ça se corse un peu. En effet, l’objectif cette fois-ci sera d’éclairer non pas votre sujet, mais votre arrière-plan. Vous devrez donc déporter votre flash et ajuster la puissance pour avoir un fond clair sans tomber dans quelque chose d’uniforme non plus.
Si vous cherchez à avoir un fond vraiment blanc, vous pouvez utiliser une feuille (ou un autre support blanc) placée derrière votre sujet. Il vous faudra l’éclairer pour chercher à cramer le fond, donc faites attention à la distance entre la feuille et le sujet : si elle est trop faible, la feuille se comportera comme un réflecteur, au risque de surexposer votre sujet.
Astuce 9 : Sortez de nuit
Retour à la pénombre.On entend souvent que le meilleur moment pour faire des photos est lors des heures dorées.
Pourtant, l’aube et le crépuscule sont de bons moments pour faire une sortie originale.
À ces heures, la lumière devient plus douce, plus diffuse, souvent teintée de couleurs froides ou pastel. Elle change rapidement, ce qui impose d’aller à l’essentiel, de composer vite, mais elle peut aussi transformer complètement une scène banale en un tableau délicat.
En macrophotographie, le crépuscule est aussi un moment stratégique. Beaucoup d’insectes commencent à ralentir leurs mouvements, se figent sur un support pour passer la nuit. Cela permet de s’approcher sans les effrayer, de prendre le temps de cadrer, de tester différentes approches, voire de travailler avec une lampe sans les déranger. C’est une excellente transition pour s’essayer en douceur à la photo de nuit, sans partir dans une obscurité totale.
Techniquement, il faudra souvent monter en ISO, ouvrir davantage le diaphragme ou allonger le temps de pose si vous restez en lumière naturelle. Sinon, un petit éclairage bien dosé pourra venir renforcer l’ambiance sans la dénaturer. Ce n’est pas un moment pour chercher une image ultra nette à tout prix : c’est l’atmosphère qui compte.
L’avantage, c’est que ce type de lumière donne tout de suite une personnalité à vos photos. Et même si le sujet est commun, c’est cette ambiance qui fera la différence.
Astuce 10 : Utilisez le flou de mouvement
Et si, au lieu de tout faire pour éviter le flou… on l’utilisait ?
Le flou de mouvement, c’est ce qui se produit quand vous déclenchez avec un temps de pose un peu long et que le sujet ou l’appareil bouge pendant la prise de vue. Habituellement, on cherche à l’éviter pour avoir des détails nets. Mais bien maîtrisé, ce flou peut donner un tout autre souffle à vos images.
L’idée, ici, ce n’est pas de produire une photo ratée. C’est d’introduire une touche de mouvement, d’énergie, parfois même d’abstraction. Un battement d’aile, une herbe qui tremble dans le vent, un petit insecte en train de s’envoler… Ce sont des sujets parfaits pour cette technique. En laissant volontairement une traînée, une vibration dans l’image, vous racontez un instant en train de s’effacer.
Réglez votre temps de pose entre 1/10e et 1 seconde, selon la lumière et l’effet souhaité. Puis bougez doucement l’appareil pendant la prise de vue – de haut en bas, en rotation, ou même en suivant le mouvement du sujet.
Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a pas de résultat “parfait”. Chaque déclenchement est un essai. Un geste. Une intuition. Le flou devient un outil créatif, presque pictural. Servez-vous en pour guider le regard, créer un bokeh unique ou camoufler des éléments gênants.
On ne va pas se mentir : vous aurez beaucoup de déchets, surtout au début. En effet, c’est une approche qui demande de l’entraînement et un peu de lâcher prise sur la technique pure. Mais c’est justement ce qui la rend si libératrice.
Le piège qui vous guette
Tester de nouvelles techniques, c’est grisant. On sort de sa zone de confort, on découvre des rendus inattendus, on sent que quelque chose se passe. Mais rapidement, un piège se dessine : celui de la frustration.
Car oui, ces techniques demandent un peu d’entraînement. Un flou de mouvement, par exemple, peut facilement tourner à la photo ratée s’il est trop prononcé ou mal dosé. Un low-key peut devenir juste… une image sous-exposée. Et c’est normal. Vous allez rater. Souvent. Mais c’est le jeu. La maîtrise vient avec le temps, l’observation, les ajustements.
Il faut aussi faire attention à l’excès inverse : pousser une technique à l’extrême jusqu’à l’épuiser. Un flou de mouvement utilisé systématiquement peut vite lasser, même vous. Ce qui fait la richesse de ces approches, c’est justement leur subtilité. Une touche de flou, une nuance de lumière, un changement d’angle. Pas besoin d’en faire des tonnes.
Et puis surtout, une fois qu’une technique est acquise, l’autre piège, plus insidieux encore, c’est de s’y reposer. De répéter encore et encore les mêmes cadrages, les mêmes effets, les mêmes sujets. Parce que ça “marche”. Parce que c’est rassurant.
Mais si vous voulez continuer à progresser, à créer des images qui vous surprennent vous-même, il faudra accepter de tout remettre en jeu régulièrement. Sortir des automatismes, bousculer vos habitudes, mélanger les techniques, ou revenir à une approche plus simple.
Bref : rester curieux. Toujours.
Le vrai secret pour aller plus loin (et éviter le piège)
Il y a une dernière astuce que peu osent vraiment explorer : le mélange des techniques.
Utiliser un angle original et un fond clair pour un effet high-key. Ajouter un soupçon de flou de mouvement à une scène déjà en low-key. Composer avec un avant-plan travaillé, tout en jouant sur la balance des blancs. Les possibilités sont quasiment infinies. Et c’est là que ça devient passionnant.
Mais attention : ce terrain est aussi glissant. Trop d’effets dans une même image, et vous perdez l’essentiel. L’œil ne sait plus où regarder. Le sujet s’efface derrière les artifices. Le rendu devient confus, voire lourd.
La clé, c’est de doser. D’avoir une intention claire. Chaque technique doit servir votre sujet, pas l’inverse. Vous pouvez combiner, bien sûr, mais avec retenue. Comme un cuisinier qui connaît ses épices : il sait quand en ajouter… et quand s’arrêter.
Alors oui, ce mélange demande plus de réflexion. Il oblige à anticiper, à imaginer le rendu final dès la prise de vue. Mais c’est aussi ce qui peut donner naissance à vos images les plus fortes, les plus personnelles.
Testez, ratez, ajustez. Et surtout, amusez-vous.
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