Mi-septembre, j’ai exposé mes photos au festival Sologne Nature Image de Salbris. Ce fut trois jours pleins de rencontres, d’échanges et d’enseignements.
Vous avez été plusieurs à me demander un retour sur le festival et surtout, comment exposer dans un festival photo nature ! Dans cet article, je vous explique tout, de la candidature jusqu’au démontage du stand.
Étape 1 : le choix du festival
Avant toute chose, il faut choisir les festivals auxquels vous candidatez. Pour ça, vous avez plusieurs critères, dont la localisation, car oui, aller à un festival à l’autre bout de la France, c’est pas toujours pratique. Pour l’anecdote, j’ai dû me rendre à Salbris depuis Rennes avec mes tirages… en train ! Je peux vous dire que ce n’est pas très pratique !
Faites aussi attention aux dates : en effet, il vous est souvent demandé d’être présent sur place durant tout le festival.
La taille du festival peut être un critère, car exposer à Montier-en-Der pour sa première participation, ça peut être un peu impressionnant, il faut peut-être mieux commencer par un plus petit festival.
Enfin, renseignez-vous sur les modalités d’expositions : la participation financière, qui se charge des tirages et de l’hébergement/nourriture (c’est souvent à vos frais), le nombre de photos exposées, si les supports et les systèmes d’accroches sont fournis, si vous avez le droit de vendre, si vous devez céder les droits de vos photos et si oui, pour quelle utilisation…
Ça peut faire peur à premier abord, mais en lisant le règlement (souvent 2 ou 3 pages), vous aurez toutes les informations en détail. Et si vous avez encore des questions, n’hésitez pas à contacter l’organisation ! Par contre, attention : si vous n’avez pas de réponses de leur part après plusieurs relances, envisagez de ne pas candidater.
Étape 2 : la candidature
La grande majorité des festivals se font sur candidature. C’est presque comme si vous postulez à un nouveau travail : il faut envoyer une petite présentation personnelle, la présentation de votre exposition, vos photos et une photo de vous.
La présentation personnelle
Il peut vous être demandé deux types de présentation.
Le premier consiste en une présentation de votre parcours de photographe ainsi que de vos expositions antérieures, si vous en avez déjà fait. C’est un peu comme votre CV de photographe de manière rédigé (d’ailleurs, certains festivals peuvent aussi demander un CV).
Pour la rédiger, c’est très simple : soyez honnête, soyez vous-même. Ne vous inventez pas un passé plus rempli ou des années d’expérience : ça ne sert à rien. De même, faites attention à votre vocabulaire : restez naturels, ne faites pas du verbiage en inventant une démarche artistique compliquée a posteriori pour « faire stylé ».
Le second type de présentation est celui qui servira pour vous présenter au public, que ce soit sur les réseaux sociaux en amont du festival ou durant celui-ci (en général, vous avez une feuille avec votre photo et votre présentation sur votre stand).
Voici un exemple fictif :
Jérémy est un photographe amateur, passionné de nature et spécialisé dans la macrophotographie des libellules depuis plus de quinze ans.
Il aime se lever à l’aube pour arpenter le Marais poitevin à la recherche d’une ambiance ou d’une rencontre.
« Je parcours ce marais depuis mon enfance et le constat est sans appel : les libellules se font de plus en plus rares. À travers mes photos, j’essaye de contribuer à ma manière à la préservation de cet environnement fragile. »
Il utilise également son travail photographique lors d’interventions en milieu scolaire, pour transmettre sa passion et sensibiliser les plus jeunes à la beauté – et à la fragilité – de la nature qui les entoure.
Et dans tous les cas, relisez-vous pour éviter les fautes d’orthographe !
La présentation de votre exposition
Cette présentation doit généralement contenir :
le nom de votre série
une présentation de votre série
le nombre d’images
le support (impression sur dibond, contrecollage, encadrement)
le format et les dimensions (avec et sans cadre)
Vos photos
Avant toute chose, lisez le règlement. S’il est demandé 5 photos, 300dpi, 2500 px pour le bord le plus long, envoyer exactement ça. Pas un autre nombre de photos ou une résolution différente. Certains festivals sont intransigeants sur ce point : si vos photos ne respectent pas leurs contraintes, votre dossier est immédiatement écarté. Vous serez prévenus.
💡Conseil
Vous pouvez utiliser le logiciel XN Viewer pour redimensionner rapidement vos images, ajuster la définition et créer des planches contacts. Il est gratuit, léger et rapide pour faire un premier tri !*
Soyez exigeant avec vous-même. De plus en plus de personnes candidates à des festivals, avec un travail de plus en plus abouti. Ainsi, présenter un «best of de vos photos de l’année » n’est plus suffisant. Vous devez travailler une série, c’est-à-dire une suite d’images cohérentes entre elles (sans tomber dans la redondance).
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Vous avez été accepté ? Le travail ne fait que commencer !
Maintenant, il faut réaliser vos tirages, préparer la scénographie et s’occuper de l’organisation.
L’anticipation : la clé pour que tout se passe au mieux
Une fois que vous savez quand vous exposez, réserver rapidement un logement si besoin : en fonction des lieux, ils peuvent partir très vite !
J’ai failli ne pas dormir pendant 3 jours :
Au début, je comptais planter ma tente pour les trois nuits que je devais passer sur place. Au final, de la famille est venue au festival et on a loué un appartement ensemble pour réduire les coûts. Et heureusement ! Une journée de festival, c’est fatigant, je n’aurais pas tenu en camping vu la météo (des grosses averses orageuses et des nuits bien fraîches).
De même, si vous venez en train, réservez à l’avance afin d’avoir les horaires qui vous conviennent et surtout de prévoir du temps pour changer si besoin : j’étais pas très à l’aise de courir dans les escaliers du métro parisien avec ma valise dans laquelle se trouvaient mes tirages sur dibond.
Transporter son expo en train, vraiment ?
J’ai fait le choix d’y aller en train (bon, je n’avais pas trop le choix, je n’ai pas de voiture et c’est un peu loin à vélo) en étant conscient des difficultés que ça entraine.J’ai donc choisi d’imprimer mes photos directement sur dibond pour limiter l’encombrement par rapport aux cadres. L’autre avantage, c’est que mes tirages ne craignaient pas l’humidité, heureusement, vu les déluges qui me sont tombés dessus !
Mais ce que je n’avais pas anticipé, c’est le tirage de 120*80 cm que je devais prendre au retour ! Et évidemment, c’était aussi une impression dibond, donc rigide.
Heureusement, un autre photographe breton m’a proposé de me la prendre dans sa voiture !
La réalisation de vos tirages
Je vais commencer par un coup de gueule.
Respectez votre travail. Vous avez passé des heures pour réaliser les photos que vous exposez. Vous avez dépensé des centaines d’euros dans du matériel photo. Alors, soignez vos tirages.
Ça passe par deux choses : la préparation de vos fichiers et le choix de votre imprimeur.
Préparez bien vos fichiers pour l’impression. Avant toute chose, essayez d’avoir un écran à peu près calibré pour avoir des couleurs fidèles. Et pas besoin d’acheter une sonde, vous pouvez en louer une. Si vous ne voulez pas, vous récupérez un exemplaire de télérama, vous allez sur le site de Picto online et vous ajustez votre écran pour faire correspondre la version imprimée avec votre écran.
Ensuite, sur le choix de votre imprimeur, choisissez-en un qui calibre toute sa chaîne de travail. Donc pas chez photobox, photoweb et compagnie. Surtout que chez eux, vous ne pourrez pas avoir des grands tirages autres que du poster (qui va pixeliser votre image) ou des dibonds qui finalement vous reviendront à peu près au même prix que j’ai un imprimeur reconnu.
Surtout qu’au final, si vous imprimez sur un papier photo classique (comme lorsque vous imprimez des petites photos pour faire un album), la différence de prix est minime, voir plus avantageuse chez un imprimeur de qualité (hors promotion) :
De même, ayez une cohérence sur vos supports (photo encadrées, contre collage, impression direct sur aluminium…) et évitez les formats gadgets comme les tirages sur toile ou sur bois.
Voici les quelques imprimeurs que je recommande :
Picto Online (ou Picto directement si vous êtes en région parisienne)
Camara (c’est une chaîne de magasin photo, mais certains font aussi de l’impression en boutique)
Pour le choix du support et du papier, le mieux est d’en discuter directement avec l’imprimeur, il sera de meilleurs conseils (et ça s’adapte aussi à chaque type de photo).
Concernant la taille, je vous recommande au minimum un 40 × 30, si possible un peu plus grand, car sinon, il est difficile de regarder vos photos sans y coller son nez.
Les « à côtés »
En plus de vos tirages, vous pouvez également prévoir des cartes de visite ou des choses à vendre.
Encore une fois, c’est sur votre image que vous jouez, donc soignez-les ! Ce n’est pas compliqué de faire une belle carte de visite.
Si vous souhaitez vendre, faites-le de manière légale : déclarez-le ! C’est une forme de respect envers les autres photographes et les clients.Et puis, ne négligez pas non plus la qualité : les « cartes postales » qui sont en réalité des tirages petit format chez Photoweb, non merci.
Étapes 4 : le festival
Ça y est, le grand jour est arrivé ! Le festival commence dans quelques heures et vous avez plus qu’à accrocher, puis profiter.
L’accrochage
La technique la plus simple pour accrocher vos photos aux grilles, c’est d’utiliser une chaînette et des crochets en S. Un crochet pour fixer la chaîne en haut, puis un pour chaque tirage.
Faites cependant attention à ne pas trop charger la chaîne : il ne faudrait pas qu’elle cède durant l’exposition !
Mon stand durant l’installation
Par ailleurs, un petit niveau de poche est très utile si, comme moi, vous n’avez pas le compas dans l’œil pour mettre vos œuvres bien droites.
Le contact avec le public
Vous avez tout accroché ? Bravo, le plus physique est derrière vous. Mais maintenant commence une autre partie, tout aussi importante : être présent et disponible pour les visiteurs.
Et c’est là que beaucoup de photographes — moi y compris — se posent plein de questions :« Qu’est-ce que je vais leur dire ? », « Et si personne ne s’arrête ? », « Je déteste parler de moi… »
Respirez. Tout va bien se passer.
Soyez présent
Ça peut paraître évident, mais être à son stand pendant les horaires d’ouverture est la base. Ce n’est pas juste pour faire joli : les gens viennent pour échanger, discuter, poser des questions. Si vous êtes absent une bonne partie du temps, vous ratez l’essence même du festival.
Je ne dis pas de rester figé comme un piquet derrière votre table, mais d’être visible, disponible, souriant. Votre présence humaine est tout aussi importante que vos images.
Ne récitez pas un discours
Pas besoin de faire un exposé de 10 minutes à chaque personne. En fait, le plus efficace, c’est de répondre simplement aux questions. Parfois, c’est juste un :
« C’est vous qui avez pris ces photos ? »
« Oui, ce sont des libellules du Marais poitevin, photographiées à l’aube. »
Et hop, la conversation est lancée. Il y a des visiteurs bavards, d’autres plus discrets. Adaptez-vous à eux.
Briser la glace avec le public en jouant aux devinettes :
Dans mon exposition, j’avais une photo qui me permettait facilement d’engager la conversation, c’est celle-ci :
Les visiteurs restaient souvent interloqués devant, en ne comprenant pas trop ce que c’est mais n’osez pas poser la question. Je les laissais regarder une ou deux minutes avant de leur proposer de jouer aux devinettes. Ça a très bien marché, même auprès des adultes.
D’ailleurs, selon vous, quelle est l’espèce photographiée ? J’attends vos propositions dans les commentaires !
Préparez 2 ou 3 anecdotes
Avoir deux ou trois petites histoires en tête peut vraiment aider. Pas besoin que ce soit spectaculaire : un moment drôle, une photo difficile à faire, une rencontre marquante… Ces petites anecdotes rendent votre travail vivant, elles permettent aux visiteurs de s’approprier vos images. Voici un petit exemple avec notre Jérémy du début :
Cette libellule là, j’ai attendu plus d’une heure qu’elle se pose ici, et quand elle l’a fait, j’étais tellement excité que j’ai raté la mise au point… Heureusement, elle est revenue quelques minutes plus tard.
Ce genre de choses, c’est ce que les gens adorent.
Gérer les critiques (parfois maladroites)
Il y aura peut-être un ou deux visiteurs qui vous diront :
« Vous auriez dû la prendre plus de face »
« Ah, moi j’aurais mis un cadre blanc »
« On dirait des images d’illustration dans un livre scolaire »
Respirez. Souriez. Ne le prenez pas personnellement. C’est normal : chacun vient avec ses goûts, ses références, ses attentes. Vous avez le droit de ne pas plaire à tout le monde. Ce qui compte, ce sont les beaux moments :
Cet enfant qui reste 5 minutes à fixer une photo en silence.
Ce visiteur qui revient le lendemain avec son fils pour lui montrer vos images.
Cette dame qui vous dit « Merci, je n’avais jamais vu une libellule d’aussi près. »
À votre tour !
Participer à un festival photo nature, c’est bien plus que simplement accrocher des images sur des grilles. C’est un véritable engagement : du temps, de l’énergie, un peu d’argent aussi… mais surtout beaucoup de passion.
Mon premier festival à Salbris m’a appris énormément : sur la logistique, sur la photo, mais aussi sur moi-même. C’est à la fois fatigant et exaltant, un mélange unique de trac, de joie, de fierté et d’humilité.
Alors, si vous hésitez à vous lancer, je n’ai qu’un conseil : faites-le. Même si tout n’est pas parfait, même si vous débutez, même si vous doutez un peu. Rien ne remplace le contact direct avec le public, les échanges entre exposants, et l’ambiance si particulière de ces événements où la nature est mise à l’honneur.
Et surtout, souvenez-vous que ce n’est pas une compétition. Chacun vient avec son regard, son vécu, sa manière de raconter le vivant. Ce que vous avez à montrer est unique. Et ça mérite d’être vu.
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