Vous décidez qu’à partir de maintenant, vous en laisserez plus un algorithme choisir le rendu final de votre photo.

Vous cherchez dans les menus de votre appareil le volet « format d’enregistrement » et activez l’option RAW.

Félicitation ! Vous venez de franchir un pas de plus dans votre pratique photo.

Mais vient maintenant un moment compliqué : quel logiciel choisir pour post-traiter vos photos ?

Faut-il payer la suite Adobe que tout le monde semble utiliser ? Un logiciel gratuit et performant, ça existe ?

Toutes ces questions peuvent rendre le choix très compliqué et vous faire abandonner la photo.

C’est ce qui m’est arrivé en janvier 2024. Je me sentais coincé dans mon processus d’édition et de développement de mes photos. J’ai donc commencé à regarder les autres alternatives.

Et j’ai pris peur.

Il y avait trop de possibilité, trop d’avis contradictoires sur les logiciels. Je n’ai pas réussi à choisir. Mes photos s’entassaient sur mon disque dur sans que je m’en occupe. J’ai failli renoncer à la photo.

Trois mois plus tard, j’ai commencé à tester tous les logiciels possibles.

Les critères pour choisir le bon logiciel

Un des problèmes que j’ai eus en janvier est que je n’avais pas de critères bien établis pour départager les logiciels. Voici donc les cinq catégories de critères que j’ai établie depuis.

Compatibilité avec les performances systèmes

La première chose à regarder est si le logiciel existe sous votre système d’exploitation. Si vous êtes chez Windows ou Apple, la grande majorité des logiciels seront compatibles. Le choix sera un peu plus restreint en utilisant Linux.

La deuxième est si votre ordinateur est capable de supporter le logiciel. En effet, avec le développement de l’IA, les logiciels sont de plus en plus gourmands en ressources. Vérifiez notamment la RAM, le processeur et la carte graphique si besoin.

Ergonomie

Pour prendre du plaisir à post-traiter (ou le faire efficacement si vous n’aimez pas ça), il faut que l’ergonomie du logiciel vous convienne.

Les outils sont-ils facilement accessibles ? L’interface est-elle claire ou trop chargée ? Pouvez-vous la modifier pour améliorer votre workflow ? Est-il possible de personnaliser les raccourcis claviers ?

Les réponses à ces questions sont subjectives. Ainsi, le meilleur moyen est que vous testiez les logiciels qui répondent à vos autres critères afin de les départager sur l’ergonomie.

Fonctionnalités

Pouvez-vous faire tout ce que vous voulez avec ce logiciel ?

C’est la question clé si vous voulez être efficace en post-traitement : c’est beaucoup plus agréable de pouvoir tout faire directement depuis un logiciel que d’avoir à en utiliser trois différents (avec des exports à gérer à chaque fois).

Tous les logiciels présentés dans la suite de l’article permettent un développement de base (contraste, débruitage, saturation, netteté, correction des défauts optiques). Cependant, il y a quelques fonctionnalités plus avancées utiles en macrophotographie, comme le focus stacking ou les outils de retouche locale.

Catalogue

On entend souvent parler du catalogue de Lightroom.

Pourquoi ?

Car il offre énormément de fonctionnalités de tri des photos. Un bon catalogue vous fera gagner beaucoup de temps lors de votre éditing.

Ok Lohan, mais qu’est-ce que c’est un bon catalogue ?

C’est un catalogue où il y a suffisamment de manières de trier vos images pour que vous trouviez une organisation qui vous corresponde, que ce soit en utilisant des mots clés, les métadonnées ou des symboles (couleurs, drapeaux, étoiles…).

Un autre point important pour moi, c’est de pouvoir faire des collections, des albums ou des projets (le nom change selon les logiciels, j’utiliserai l’appellation projet dans la suite de l’article). Concrètement, cela revient à pouvoir regrouper plusieurs images au sein d’un même dossier sans pour autant les déplacer.

Par exemple, si vous avez une série en cours sur les papillons mais que vos photos sont rangées dans des dossiers selon la date de prise de vue, vous pouvez créer un projet pour votre série et retrouver l’ensemble des photos qui la compose sans déplacer vos photos de leur dossier d’origine.

Si vous aimez tester plusieurs traitements différents ou revenir sur vos anciennes photos, la fonction copie virtuelle sera un critère important : elle permet de faire un deuxième post-traitement (ou bien plus) de votre photo sans avoir à la copier coller et en pouvant reprendre de l’étape de votre choix.

Prix

Et oui, c’est comme pour tout le matériel : le critère le plus limitant est souvent le prix.

Dans les logiciels présentés, il y a trois cas de figure :

  • Logiciel libre : ces logiciels sont développés en open source, tout le monde peut donc y contribuer. L’avantage, c’est qu’ils sont 100 % gratuits !
  • Les logiciels par licence : vous achetez une licence à vie pour utiliser le logiciel. En général, vous avez accès aux petites mises à jours de correction de bug mais les changements de versions (avec de grosses améliorations) seront payants (à un tarif préférentiel). Dans tous les cas, vous pourrez continuer d’utiliser votre ancienne version.
  • Les logiciels par abonnement : vous payez mensuellement ou annuellement une certaine somme pour utiliser le logiciel. Si vous arrêtez l’abonnement, vous ne pouvez plus l’utiliser.

Test des différents logiciels

J’ai testé huit logiciels différents qui répondaient à quelques contraintes : permettre un post-traitement classique, être réellement dédié aux photographes (l’option retouche de la visionneuse Windows n’en fait pas partie) et supporter les différents formats raw des constructeurs (ce qui exclue les logiciels édités par les marques de boîtiers. En général, ils ne sont pas très performants.).

Les logiciels gratuits

Darktable

DarkTable est un logiciel libre dont le fonctionnement ressemble beaucoup à Lightroom, l’IA en moins.

Bien que leurs ergonomies soient assez similaires, Darktable est plus difficile à prendre en main. En effet, il y a beaucoup beaucoup beaucoup de modules différents, dont certains ont plus ou moins la même utilité, ce qui peut créer des conflits entre les modules. Pour pallier à ça, l’interface est entièrement personnalisable : vous pouvez masquer des modules, les regrouper par catégorie ou choisir l’ordre pour avoir un processus de développement linéaire.

La courbe d’apprentissage est assez longue mais le logiciel est très efficace une fois maîtrisé.

Son plus gros avantage est la taille de sa communauté francophone qui permet de trouver facilement beaucoup de ressources sur son utilisation. De plus, les tutos sur Lightroom son facilement transposable à ce logiciel. Et enfin, deux petits points qui ont fluidifié mon traitement c’est l’activation automatique des modules lorsqu’on modifie un curseur et la possibilité d’avoir un panneau qui regroupe tous les modules actifs.

Je l’ai utilisé pendant près de trois ans, et j’ai réussi à me construire un flux de travail très performant au niveau du traitement grâce aux nombreuses personnalisations possibles. Je peux cependant faire deux critiques :

  • Les algorithmes de dérawtisation ont tendance à rendre des images un peu grisouilles : il faut donc reprendre toute la colorimétrie, ce qui peut être long
  • Le système d’importation d’image dans la bibliothèque est un peu capricieux, ce qui m’a compliqué l’installation d’un vrai catalogue avec mon organisation de rangement des photos. De plus, il n’est pas trop optimisé pour faire de l’éditing, je l’ai donc très peu utilisé.

Pour moi, Darktable est un très bon choix si vous voulez pouvoir configurer un logiciel pour votre usage et que vous n’avez pas peur de mettre les mains dans le cambouis.

RawTherapee

Un autre logiciel libre assez connu. Son interface est plus austère que Darktable et il est beaucoup plus lent. À part ça, les fonctionnalités sont assez similaires, mise à part la retouche locale qui est plus limitée : vous ne pouvez régler que l’exposition.

ART (Another RawTherapee)

Un petit nouveau dans l’écosystème des logiciels libres. Des développeurs ont repris RawTherapee et en ont fait une nouvelle version plus ergonomique et facile à utiliser. Ils ont notamment restreint le nombre de modules à l’essentiel et retravaillé leur agencement afin de fluidifier le traitement.

Catalogue de ART, avec de nombreuses fonctionnalité de tri des photos
Catalogue de ART, avec de nombreuses fonctionnalité de tri des photos
Interface de traitement de ART. Les modules sont triés dans différentes catégories.
Interface de traitement de ART. Les modules sont triés dans différentes catégories.

Interface de traitement de ART. Les modules sont triés dans différentes catégories.

Si je devais débuter sur un logiciel libre, je me tournerais sans aucun doute vers ART.

Si vous choisissez ce logiciel, il faut bien penser à activer les modules que vous utilisez : utiliser un curseur n’activera pas le module, vous ne verrez donc pas les modifications. Cette subtilité peut rendre le traitement un peu moins efficace. Un dernier petit point qui me manque c’est la possibilité de filtrer les modules selon leur statut (activé/désactivé) comme sur Darktable.

Les logiciels payants

Lightroom Classic

Lightroom est certainement le logiciel de développement le plus connu. Il est notamment réputé pour son excellent catalogue mais ce n’est pas la seule force de ce logiciel : les récents ajouts de modules IA permettent un débruitage encore plus performant et un traitement plus rapide, à condition d’avoir un ordinateur suffisamment puissant…

Un autre atout est la taille de sa communauté : il y a énormément de tutos ou de forum pour poser des questions et pléthore de formations pour apprendre le logiciel (mais elles ne sont pas toutes qualitatives). Enfin, l’abonnement avec Photoshop permet de pousser encore plus loin la retouche localisée et, surtout, de faire du focus stacking.

Seulement, tous ces avantages ont un coût : 11,99 € par mois, ou 23,99 € si vous voulez Photoshop en plus, avec le risque de nouvelles augmentations de l’abonnement ?

Capture One

Capture One est connu pour sa gestion des couleurs particulièrement poussée. Il dispose en outre d’un bon catalogue et il est possible de faire des ajustements localisés assez poussés.

Il est disponible sous plusieurs formules : une licence à vie à 349 € ou par abonnement à partir de 18,25 €/mois.

Au vu du prix et des fonctionnalités, je trouve que ce logiciel ne s’adresse pas à des macrophotographe. En effet, il est plus tourné vers des portraitistes ou des photographes pratiquant le packshot (ça se voit dans les photos présentent sur leur site). Par contre, on en peut pas nier que ses modules de traitement de couleur sont vraiment agréables à utiliser et très précis.

DXO PhotoLab

DXO est un logiciel très polyvalent qui fait sa communication sur son débruitage et la facilité d’appliquer des réglages locaux, chose que j’ai effectivement retrouvé dans mes tests.

Interface de traitement de DXO PhotoLab
Interface de traitement de DXO PhotoLab.

Par défaut, vous avez un panneau “outils élémentaire” d’ouvert avec les réglages de bases. Pour trouver un outils plus avancé, il faut utiliser les menus supérieurs ou la barre de recherche.

Il dispose également d’un très bon catalogue avec énormément de fonctionnalités de tri.

Catalogue de DXO PhotoLab. Il est possible de modifier les IPTC par lots.

Depuis le catalogue, vous pouvez modifier les IPTC de vos photos par lot, les marquer de plusieurs manières, les ajouter à des projets…

Le logiciel dispose de deux licences à vie différentes : la version essentielle à 139 € et la version élite à 229 €. La version essentielle est largement suffisante. La principale différence est qu’il n’y a pas les modèles de débruitages les plus performants dans la version la moins chère.

Depuis que j’ai basculé vers ce logiciel, je peux affirmer que mon workflow s’est fluidifié, notamment grâce au catalogue plus simple que celui de Darktable et à la vitesse du logiciel légèrement supérieure. Je ne regrette pas mon choix !

Luminar Neo

Le nouveau logiciel de Skylum qui vient remplacer Luminar AI. Il se veut être un mini Lightroom dopé à l’IA, ce qui permet de « sublimer ses images sans efforts ».

Catalogue de Luminar Neo avec la fonction de recherche par IA.

Catalogue de Luminar Neo avec la fonction de recherche par IA.

Ses fonctionnalités sont séduisantes : catalogue performant avec la possibilité de chercher une image à partir d’une description, la possibilité de faire du focus stacking et toute autre sorte d’empilement de photo (HDR, panorama…).

Seulement, dans les faits, les résultats sont bof. Le focus stacking est assez lent et pas très qualitatif, sachant qu’il n’y a aucun outil pour pouvoir le retoucher. Les améliorations automatiques par IA sont pas très subtiles.

Et le comble : il y a tellement d’outils aussi étranges que fantaisistes que les réglages de bases se retrouvent noyés et peu accessibles. Pour enfoncer le clous, l’interface n’est pas personnalisable, on doit donc se coltiner tous les modules “créatifs”

Interface de traitement de Luminar Neo, avec tous les outils d'intelligence artificielle. Vous préférez quel outil entre mystique ou éclairage magique ?

Vous préférez quel outil entre mystique ou éclairage magique?

Il existe en version par abonnement à 317 €/an ou en licence à vie à 417 €. Si vous payez ce prix, vous vous faites arnaquer : je l’ai toujours vu avec une réduction de minimum 50 %, et en général, c’est plutôt aux alentours des 81 % (rien que ça). Ce qui nous fait donc l’abonnement à 59 €/an et une licence à vie pour 99 €.

À mon goût, ça reste trop cher pour ce logiciel qui n’est pas adapté à des photographes qui veulent avoir le contrôle sur leurs images.

Affinity Photo

Ce logiciel est un peu à part dans la sélection. En effet, il ne dispose pas de catalogue.

Quoi ? Mais c’était un de tes critères pourtant Lohan !

Oui, je sais. Et en plus, le post-traitement n’est pas réversible : vous ne pouvez pas revenir à une ancienne étape quelques jours plus tard. Enfin, tant que vous n’avez pas appuyé sur “Développer”, vous avez bien un historique et pouvez revenir en arrière.

Fenêtre de développement d'Affinity Photo.

Fenêtre de développement d’Affinity Photo.

C’est une fois que vous cliquez sur ce bouton que vous ne pouvez plus le modifier : dans le nouvel historique, il y a “Développement”, que vous pouvez annulé mais pas en modifiant les différentes étapes. C’est tout ou rien.

Fenêtre de retouche d'Affinity Photo.

Fenêtre de retouche d’Affinity Photo.

Ça fait beaucoup d’inconvénients mais c’est logique : affinity photo se rapproche plus de Photoshop que Lightroom. En effet, le logiciel est conçu pour faire de la retouche (localisée ou non) avancée.

Il permet aussi de faire du focus stacking, et c’est ce pourquoi je l’utilise.

Il est accessible en licence à vie pour 74,99€, ou 179,99€ avec affinity designer (logiciel de dessin) et affinity publisher (un logiciel de mise en page très pratique pour faire des zines).

Pour résumer

Testez les logiciels ! Toutes les logiciels payants ont une version d’essai (plus ou moins longue) qui vous permet de vous faire la main et de tester l’ergonomie.

Un petit tableau comparatif pour vous aider à choisir :

Tableau comparatif des différents logiciels de post-traitement pour la macrophotographie.

Si vous en avez les moyens, le combo Lightroom + Photoshop reste le plus polyvalent, au risque d’en devenir dépendant.

Si vous souhaitez partir sur un logiciel libre, je vous conseille fortement ART, qui me semble très prometteur.

Enfin, les logiciels avec une licence perpétuelle comme DXO PhotoLab ou Capture One sont une bonne alternative si vous voulez quelques choses de plus ergonomique et avec des outils un peu plus performant sans souscrire à un nouvel abonnement. Avant d’acheter une licence, regardez assez souvent les prix, il y a souvent des offres de réduction assez conséquentes (jusqu’à 75 %).

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