Lorsque vous vous lancez dans une nouvelle discipline en autodidacte, vous vous retrouvez face à une masse d’informations à apprendre. Vous souhaitez progresser vite et obtenir vos premiers résultats, quitte à griller les étapes.
En macro, vous pouvez par exemple chercher à faire du focus stacking avant même de maitriser parfaitement l’exposition, car vous avez vu telle ou telle personne le faire sur Instagram.
Seulement, sur les réseaux, on vous montre uniquement le résultat final, pas les centaines d’heures d’apprentissages et de tests qu’il y a avant.
Il y a un principe tiré des arts martiaux que j’affectionne particulièrement : le Shu Ha Ri. Il décrit les trois phases de l’apprentissage : apprendre les fondamentaux, se détacher, créer ses propres règles.
Si vous voulez progresser rapidement, il est important de suivre ces trois étapes dans l’ordre et de ne surtout pas passer au Ha avant de maitriser le Shu (c’est l’erreur la plus courante).
Shu : l’apprentissage des fondamentaux
Toute personne débutant une nouvelle activité passe par le Shu. C’est la phase d’apprentissage des fondamentaux. Vous découvrez les techniques et savoirs déjà établis et vous vous entrainez jusqu’à les maitriser.
Dans les arts martiaux, c’est le moment où vous apprenez et répétez les katas.
Vous pouvez être tenté d’abréger cette phase d’apprentissage, car elle semble moins plaisante que la suite. Oui, je vous vois venir, j’ai fait comme vous.
J’ai tout de suite voulu casser les codes que je venais d’apprendre (comme la règle des tiers) quand j’ai commencé la macro. Ce fut une mauvaise idée. Après avoir passé un an à me croire au-dessus des bases, j’ai fini par m’y repencher et à tout reprendre à zéro.
Étrangement, j’ai progressé bien plus vite en quelques semaines qu’en un an.
Les points clés de cette étape
Avant de passer au Ha, vous devez maitriser un certain nombre de points :
- La mise au point : vous êtes capable de faire vos mises au
point (en manuelle ou automatique) sur vos sujets de manière rapide et précise - L’exposition : vos images sont bien exposées
- La composition : vous connaissez les différentes règles de compositions pour obtenir une image équilibrée et vos photos ne comportent pas d’éléments gênant la lecture
- Le post-traitement : vous maitrisez les fonctionnalités de bases de votre logiciel de post-traitement pour développer un RAW (exposition, contraste, balance des blancs, réduction de bruit, module de colorimétrie, exports)
- Vos sujets de prédilections : vous savez où et quand vous êtes le plus susceptibles de trouver vos sujets préférés.
Alors oui, vous aurez forcément des loupés (j’en ai aussi un paquet), mais vous serez capable de les identifier, de comprendre où est le problème et, surtout, d’accepter que c’est une photo qui va finir à la corbeille (ou dormir sur votre disque dur si comme moi, vous n’aimez pas supprimer une photo).
Les ressources qui peuvent vous aider
Durant le Shu, vous suivez les conseils de quelqu’un de plus expérimenté que vous. Ça peut être grâce à des articles, à des vidéos, à une formation en ligne ou à des stages.
Il peut également être intéressant d’avoir une sorte de mentor qui puisse vous dire quelles sont les techniques que vous maitrisez déjà et vous donner des conseils personnalisés pour maitriser celles qui vous font défaut.
Mais le plus important durant votre Shu, c’est de pratiquer. Vous maitriserez vraiment une technique qu’après avoir pratiqué encore et encore.
Ha : la remise en question des règles
Lors du Ha, vous pouvez commencer à questionner certains de vos apprentissages, car vous avez le recul nécessaire (à la fois en termes de pratique que de technique).
C’est le moment où vous sortez du cadre qu’on vous a enseigné. Au judo, vous allez peut-être essayer de mettre beaucoup plus de rythme dans vos combats ou alors enchainer des prises qu’on vous a enseignées de manière séparée.
En macro, vous allez peut-être vous séparer de la règle des tiers pour faire des photos centrées ou en jouant sur le hors champ. Vos images prendront une touche plus créative. Par contre, attendez-vous à avoir un peu plus de déchets, car vous êtes dans une phase de test et de découverte.
Les points clés de cette étape
Durant le Ha, vous allez faire le tri dans ce que vous avez appris, en gardant les techniques que vous jugez utiles et en vous séparant des autres.
Votre objectif principal est de développer votre créativité tout en consolidant votre maitrise technique.
Les ressources qui peuvent vous aider
Vous avez déjà fait le tour des ressources techniques, il est temps de vous intéresser à la créativité.
Les expos, les festivals, les interviews de photographes sont des bons moyens de découvrir des univers et des manières de photographier. Vous pouvez aussi vous intéresser à d’autres arts (visuels ou non), car les processus de créations sont assez proches et des ponts peuvent se créer facilement. Le parallèle le plus évident est avec la peinture, où le choix de la mise en lumière se rapproche beaucoup de la photo et du cinéma.
Durant cette phase, j’ai beaucoup échangé avec des photographes plus expérimentés que moi. Ils m’ont donné leur avis sur mes tests (parfois farfelus) et ils m’ont partagé leurs expériences respectives. Cela m’a beaucoup aidé. C’est pour faciliter ces échanges que j’ai créé le club macro, une communauté en ligne gratuite autour de la macrophotographie.
Ri : créer ses propres règles
La dernière étape du processus d’apprentissage est le Ri. Maintenant que vous maitrisez les bases et que vous avez fait votre tri, il est temps d’écrire votre histoire.
Je vais quitter les arts martiaux pour les exemples et prendre le théâtre. Après avoir suivi l’enseignement de Lecoq, vous vous affranchissez de ce style pour créer le vôtre, et votre pédagogie.
Le Ri, c’est la découverte de votre style personnel. C’est là qu’en voyant vos photos, on va se dire : « Mais oui, c’est sur que c’est elle qui les a prises ! »
Les points clés de cette étape
Toute la complexité de cette phase est de ne pas s’enfermer dans votre zone de confort.
Vous devez continuer d’innover et de progresser. Alors oui, vous allez certainement recommencer au Shu pour certaines choses (tester la double exposition, par exemple), mais ce sera votre force : continuer d’apprendre pour vous renouveler.
Les ressources qui peuvent vous aider
Selon moi, il y a deux choses essentielles pour ne pas tomber dans l’autoplagiat continuel :
- Présenter votre travail : que ce soit à d’autres photographes ou au grand public, avoir des retours sur vos photos est la chose la plus importante.
- Restez curieux : entretenez votre curiosité du début. Continuez de vous former, de découvrir le travail d’autres photographes. Mais le plus puissant, c’est de faire des liens avec d’autres domaines, artistiques ou non. Ne vous enfermez pas dans votre pratique photo.
Où en êtes-vous ?
Je suis curieux de savoir où vous pensez que vous êtes dans votre pratique de la photo, alors dites-moi si vous pensez que vous êtes plutôt Shu, Ha ou Ri dans les commentaires !
Vous remarquerez que je n’ai pas mis de durée de chaque phase. En effet, selon vous, vous ne mettrez pas le même temps pour passer de l’une à l’autre.
Pour résumer : ne grillez pas les étapes, prenez votre temps, et ne cessez jamais d’être curieux !
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