Les semaines filent et, déjà, le printemps approche à grands pas !Qui dit printemps, dit fleurs et insectes : c’est bientôt le début de la nouvelle saison macro.
Mais avez-vous bien tout préparé ?
Un photographe, c’est comme un sportif avant une compétition : s’il veut donner le meilleur de lui-même, il ne se contente pas d’attendre le coup d’envoi. Il analyse ses performances passées, ajuste son équipement, peaufine sa technique et se fixe des objectifs clairs.
Plutôt que de ressortir votre matériel à la dernière minute, vous pourriez commencer dès maintenant à prévoir les beaux jours.Entre trier ses photos, faire le point sur son matériel ou progresser sur une technique, les choses à faire avant de débuter la saison ne manquent pas.
Je vais vous montrer comment je prépare efficacement la saison de la macro, pour être au top dès l’arrivée du soleil et des fleurs !
Clore la saison précédente
C’est la base que tout le monde oublie. Pour progresser, il faut pouvoir tirer parti de ses erreurs, mais encore faut-il les identifier ! Alors, avant de foncer tête baissée dans la nouvelle saison, faites le point sur l’année qui vient de se terminer.
Videz votre disque dur
Vous aussi, vous avez un dossier « à trier » qui commence à déborder ?Alors, occupez-vous en maintenant. C’est votre priorité. Sinon, vous allez vous retrouver submergé.
Durant ce tri, n’hésitez pas à utiliser le bouton supprimer.
Une photo floue ? Mal exposée ? Avec des brindilles devant le sujet ?Poubelle.
Une rafale de quinze photos identiques ?Gardez-en une ou deux. Le reste, poubelle.
Oui c’est radical, mais vous aurez l’esprit plus clair (et vous n’aurez pas à encore racheter un nouveau disque dur 😅).
Surtout, n’oubliez pas de profiter de cette occasion pour mettre à jour vos sauvegardes !
Ça ne sert à rien de vous mentir, je l’ai aussi eu pendant très longtemps ce fameux dossier « à trier » qui déborde.Il y a trois ans, j’ai entassé plus de 3000 photos dans ce dossier durant l’été, sans jamais prendre le temps de les trier.Une fois l’hiver arrivé, je m’y suis mis à contrecœur, au rythme de 50 photos… sur tout l’hiver.Le printemps venu, j’ai recommencé à shooter avec cette corvée dans le coin de la tête en me disant : « Encore de nouvelles photos à trier… »Ça m’a dégouté de la photo, j’ai failli tout arrêter.Ne faites pas comme moi, ce serait dommage. Prenez votre ordinateur, votre disque dur, et videz ce dossier !
Et oui, j’ai toujours pas fini de trier mes photos des dernières années…
Finir le post-traitement (ou revenir dessus)
C’est bon, votre dossier à trier est vide ?
Parfait, vous allez pouvoir passer au post-traitement.
L’avantage de post-traitement, c’est que vous pouvez rester bien au chaud devant votre ordinateur pour le faire.
Si vous n’avez pas traité vos photos au fur et à mesure, c’est le moment de vous y mettre.
Si vous l’aviez fait au fil de l’eau — félicitations 👏 —, ne passez pas trop vite à l’étape suivante !
Reprenez les photos que vous avez traitées, avec le recul, vous remarquerez certainement quelques modifications à faire.
Vous avez un peu trop poussé la saturation sur cette photo de coccinelle, résultat, l’herbe est vert fluo.Et cette photo de papillon que vous avez recadré : en voulant zoomer sur lui, vous avez coupé son antenne !
Repasser sur vos photos quelques mois après vous évite bien des écueils :
- Le piège affectif : Quand vous venez de prendre une photo, vous n’êtes pas objectif dessus. Votre humeur lors de la prise de vue joue beaucoup sur l’attachement à votre photo. Si vous êtes de bonne humeur, vous aurez tendance à aimer vos photos, même si au final, elles ne sont pas extraordinaires. Au contraire, si quelque chose vous contrarie, vous risquez d’avoir un apriori négatif, même si quelques photos sont exploitables.
- L’excès de zèle : Lorsque vous prenez une photo, vous pouvez avoir directement en tête le rendu que vous voulez lui donner au post-traitement. Seulement, baisser la balance des blancs pour lui donner une ambiance bleutée un peu onirique, ce n’était peut-être pas la meilleure chose à faire. Mais ça, vous pouviez vous en rendre compte qu’après avoir pris du recul sur votre photo.
Alors, prenez ce temps de correction, vos photos vous remercieront.
Replonger dans ses archives (pour le meilleur et surtout le pire)
Pour apprendre de ses erreurs, encore faut-il les voir !
Pour vous en rendre compte, rien ne vaut une expédition dans vos anciennes photos. Vous pourrez ainsi trouver votre point faible le plus bloquant.
En effet, ça ne sert à rien de s’acharner sur la composition si vous avez seulement une photo sur quatre de nette ! Travaillez sans sauter des étapes, sinon, vous ne progresserez pas.
Voici mon ordre de priorité :
- La netteté de vos photos
- L’exposition
- Les éléments qui perturbent la lecture (comme les brindilles qui coupent le sujet)
- La composition
- La gestion de l’avant et de l’arrière-plan
- Votre touche personnelle
Mais ce travail est beaucoup plus simple si vos photos sont triées (et oui, on en revient toujours là).
La partie plus motivante est quand est venu le moment de s’intéresser à vos photos réussites.L’idée est d’identifier ce qui vous plaît dans vos photos, pour pouvoir l’intégrer dans vos prochaines. Ça peut être une certaine composition, une ambiance, une couleur dominante, le sujet…
Pour ses deux exercices, je vous conseille vivement de les faire avec de quoi noter ! Vous pourrez ainsi relire vos remarques durant la saison pour savoir sur quoi vous concentrer.D’ailleurs, vous pouvez vous faire un petit carnet de terrain dédié à la macro qui vous servira entre autres à noter vos connaissances !
Préparer votre matériel
Honnêtement, vous utilisez réellement tout votre matériel photo ? Vraiment ? Même cet objectif qui prend la poussière ?
C’est bien ce que je me disais. Vous avez très certainement un petit quelque chose que vous n’utilisez plus (ou que vous n’avez jamais utilisé d’ailleurs).Alors vendez-le ! Ça vous fera de la place, un peu d’argent et vous ferez un heureux qui pourra s’équiper à moindre coût (en plus de faire un geste simple pour la planète) !
Dans le même temps, listez ce qui pourrait vous manquer. Le but n’est pas de tout acheter, au contraire. Cette liste doit être réellement adaptée à vos besoins : ce n’est pas le dernier hybride qui changera vos photos. Je parle plutôt d’accessoires, comme des trépieds, des lampes ou des modeleurs. Et surtout, ne vous précipitez pas au magasin : laissez le temps faire son œuvre, en deux ou trois mois, vous aurez supprimé les trois quarts de votre liste.

Concernant le reste de votre matériel, faites un contrôle technique total, assorti d’un coup de propre :
- Un grand nettoyage des objectifs pour enlever toutes les petites traces
- Un nettoyage du capteur s’il y a des taches
- Un formatage de vos cartes SD depuis le boitier
- Un nettoyage des connectiques (entre le boitier et l’objectif, les contacts des batteries et des cartes SD)L’objectif est que tout soit opérationnel pour votre première sortie !
Compléter votre apprentissage de la macro
La macrophotographie ne se limite pas à appuyer sur le déclencheur. Il faut maîtriser les différents réglages, connaître son sujet et trouver le bon spot pour obtenir une bonne image avec le moins de ratés possible.
Et le meilleur moment pour approfondir ses connaissances, c’est maintenant. Avant que la saison ne démarre, profitez de ce temps pour affiner votre technique, en apprendre plus sur la faune et la flore que vous photographiez et repérer de nouveaux terrains de jeu.
Progresser en macrophotographie
Vous vous souvenez de votre plongée dans vos archives ?
Si vous avez bien pris des notes, vous avez votre feuille de route. Vous savez exactement où ça coince.Lisez des articles, des livres, écoutez des podcasts, regardez des vidéos. Formez-vous.
N’hésitez pas à demander à d’autres photographes, que ce soit de votre club, dans votre entourage, dans un groupe en ligne, ou même moi (je réponds personnellement à toutes les questions qui me sont posées, alors n’hésitez pas à me contacter dans les commentaires ou par mail). La grande majorité se fera un plaisir de vous aider.
Et surtout, pratiques chez vous ! Vous apprendrez à mieux connaître votre boitier et vous acquériez des automatismes utiles sur le terrain.
Attention
Déformation professionnelle oblige, je dois vous faire un petit point sur l’apprentissage.Vous pouvez regarder 50 vidéos sur le focus stacking, si vous ne prenez pas de notes et que vous ne testez pas les techniques dans la foulée, vous perdez votre temps.L’apprentissage passif, ça n’existe pas. Internet est une très bonne source d’informations, pas de connaissances. Pour passer d’informations à connaissances, vous devez vous approprier l’information et en macro, ça passe par la pratique.
L’importance des connaissances naturalistes
En macrophotographie, connaître son sujet est tout aussi important que de maîtriser son appareil. Savoir où et quand trouver une espèce, comprendre son comportement ou identifier les plantes qui l’attirent est essentiel pour réussir ses photos.
Pour réaliser un reportage, il faut connaître son sujet. C’est valable en macro : vous pouvez tomber par hasard sur une empuse et faire une photo correcte, mais pour avoir une exposition complète autour, vous devez savoir quel est son mode de vie, ses heures d’activités, son habitat, ses habitudes alimentaires…
Pour vous renseigner, les différents guides Delachaux et Niestlé sont une bonne base.
En prenant le temps d’en apprendre plus sur les espèces que vous voulez photographier, vous augmentez vos chances de faire de belles rencontres et, surtout, d’obtenir des images bien plus intéressantes.
Faire du repérage : préparer au mieux votre sortie macro
Le repérage, c’est la technique la plus sous-cotée pour augmenter significativement la qualité de vos sorties.
Si vous attendez d’être sur le terrain pour chercher votre sujet, vous avez déjà perdu 50 % de vos chances de réussir votre photo. Le repérage n’est pas une perte de temps, c’est un investissement. C’est ce qui transforme une « balade avec un appareil » en une « expédition photographique ».

Vous pouvez même faire un premier repérage depuis chez vous, avec deux outils : Google Earth (l’application Google Earth pro, qui est gratuite) et Géoportail.Affichez les cartes IGN avec Géoportail pour repérer les zones humides, les mares, les tourbières, les forêts. Ensuite, visualisez-les sur Google Earth, pour voir l’exposition, le relief, le type de végétation présente.

En sachant exactement à quoi vous attendre une fois sur place, vous réduisez la part de hasard. Au lieu de marcher pendant des heures en espérant « tomber sur quelque chose », vous allez droit vers les zones à fort potentiel.
Se fixer un objectif
Le repérage est particulièrement intéressant si vous avez un objectif pour votre saison macro.
Je ne parle pas d’objectifs en nombre de photos ou de sorties, mais plutôt d’une ligne directrice, comme un projet photographique ou la spécialisation sur une espèce ou un environnement.
Essayer un projet photo
Pourquoi pas essayer un projet photo pour la nouvelle saison ?
Un projet photo, ça consiste à créer un ensemble de photo cohérent, pour une exposition ou un livre, par exemple.
Vous pouvez vous appuyer sur une ambiance (comme du contre-jour ou des photos de nuit) pour apporter une cohérence à votre série.Réfléchissez à ce que vous voulez montrer, aux contraintes que vous vous fixez, à un nombre de photos… Et c’est l’occasion de sortir de votre zone de confort ! Si vous faites de la couleur, testez le noir et blanc. Focalisez-vous sur la flore si vous photographiez principalement des insectes.
Se spécialiser sur une espèce
Vous le savez déjà : il faut connaître une espèce pour bien la photographier.
C’est pour ça qu’une partie des photographes se spécialisent sur une espèce (ou un groupe) après un certain temps. Ils acquièrent ainsi une connaissance pointue du mode de vie de leur sujet de prédilection, ce qui leur permet d’obtenir des photos incroyables.
Si une espèce vous intrigue ou vous passionne particulièrement, documentez-vous et organisez vos sorties autour de ce sujet (sans pour autant s’interdire de photographier les autres). Vous verrez qu’au bout de quelques sorties, vous réussirez à obtenir de meilleures photos.
C’est ce que j’ai fait dans ma série Fragments Organiques avec les pissenlits.
Se spécialiser sur un environnement
Plutôt que de courir après tous les insectes et plantes que vous croisez, pourquoi ne pas concentrer votre attention sur un environnement précis ?
Forêt, prairie, parc, mare, jardin… Chaque milieu a son écosystème, ses ambiances lumineuses et ses sujets. En vous focalisant sur un environnement particulier, vous apprenez à mieux l’observer, à comprendre son fonctionnement et à anticiper les moments propices pour la photo.
Prenons l’exemple d’une mare :
- Le matin, les libellules encore engourdies par la fraîcheur sont plus faciles à approcher.
- À midi, la lumière dure crée des reflets intéressants sur l’eau.
- En fin de journée, les contre-jours offrent des ambiances féériques.
En choisissant un environnement et en y retournant régulièrement, vous développez une relation avec lui. Vous repérez les zones les plus intéressantes, vous apprenez à anticiper les apparitions d’insectes ou de fleurs, et vous obtenez des images bien plus travaillées qu’en multipliant les spots sans vraiment les connaître.
Et puis, c’est aussi une belle façon de redécouvrir un lieu proche de chez vous et d’y voir des détails que vous n’auriez jamais remarqués autrement.
Vous cultiver : trouver l’inspiration pour enrichir votre pratique de la macrophotographie
Regarder le travail d’autres photographes, s’intéresser à différentes approches artistiques, assister à des expositions… Tout cela nourrit votre créativité et affine votre style. Parfois, une simple image peut déclencher un déclic, une nouvelle idée, ou même vous faire voir votre propre pratique sous un autre angle.
Découvrir le travail d’autres photographes
Que vous soyez amateur ou expert, il y a toujours à apprendre des autres. Et pas uniquement des photographes de nature ou de macro. Explorer d’autres genres, comme la photographie de portrait, de paysage ou même de street photographie peut vous donner des idées innovantes pour appliquer à votre propre discipline.
Par exemple, comment un photographe de portrait place-t-il ses flashs ? Comment un photoreporter agence-t-il ses photos dans son livre ? Ces techniques peuvent enrichir vos propres photos de macro, en vous apportant une vision différente de la lumière, du cadre et de l’approche générale.
En regardant le travail d’autres photographes macro, vous pouvez découvrir un style qui vous inspire particulièrement et vous le réapproprier avec votre touche personnelle.
Aller voir des festivals et expositions
Les festivals de photographie et les expositions sont des lieux parfaits pour se cultiver et élargir ses horizons. Ils vous permettent de découvrir des œuvres en grand format, de voir des séries complètes qui racontent une histoire, et d’entrer en contact avec d’autres passionnés.

Vous vous rendez aussi compte de la matérialité de la photo. Le rendu n’est pas du tout le même sur papier que sur écran, en 30×40 qu’en 90×120. Et qui sait, vous aurez peut-être envie d’imprimer vos photos, ou d’exposer à votre tour !
Prendre le temps de se préparer pour mieux avancer
Vous avez maintenant toutes les cartes en main pour faire de cette nouvelle saison la meilleure de toutes.
Prenez le temps de trier vos photos, d’apprendre de nouvelles choses, de vous cultiver. C’est comme ça que vous progresserez le plus vite. Chaque minute passée à vous préparer vous permettra de mieux profiter lorsque vos sujets seront là, baignés dans une lumière parfaite.
Le printemps n’attendra pas. Alors, ne laissez pas votre boitier prendre la poussière une semaine de plus. Choisissez une action dans cet article — que ce soit nettoyer votre capteur ou enfin vider ce fameux dossier « à trier » — et faites-la dès aujourd’hui.
Et vous, quel est votre grand défi pour cette saison ? Avez-vous une espèce précise en ligne de mire, un projet de livre photo, ou une technique particulière que vous mourez d’envie de maîtriser ? Partagez vos objectifs en commentaire, je me ferai un plaisir d’échanger avec vous et de vous donner quelques pistes supplémentaires !
Et oui, j’ai toujours pas fini de trier mes photos des dernières années…
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